La portée, c'est cinq lignes horizontales et les quatre espaces entre elles. Chaque ligne et chaque espace correspond à une note précise, et plus une note est haute sur la portée, plus elle est aiguë. On peut même continuer au-delà des cinq lignes avec de petits traits supplémentaires — les lignes supplémentaires — pour les notes très graves ou très aiguës. Le problème, c'est qu'une portée seule ne suffit pas à savoir QUELLES notes exactement se trouvent sur ces lignes : c'est le rôle de la clé, placée tout au début, de fixer le repère.
La clé de sol s'enroule autour de la deuxième ligne en partant du bas, et fixe cette ligne comme étant le sol. À partir de là, toutes les autres notes se déduisent en comptant de ligne en espace. C'est la clé des voix aiguës — chant, violon, main droite du piano — et la première qu'on apprend à lire, souvent avec une mélodie déjà connue par cœur, pour se concentrer sur la position des notes plutôt que sur leur nom.
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La clé de fa fonctionne exactement pareil, mais fixe un repère différent — sa boucle et ses deux points encadrent la quatrième ligne, qui devient le fa. C'est la clé des voix graves : violoncelle, main gauche du piano, basse. La même mélodie, écrite une octave plus bas, se lit avec les mêmes réflexes de ligne en espace, seulement à un autre endroit de la portée.
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Au piano, les deux mains se lisent sur deux portées superposées, la clé de sol pour la main droite au-dessus, la clé de fa pour la main gauche en dessous — c'est la grande portée. Le point commun des deux clés est le do central : la première ligne supplémentaire au-dessus de la portée de fa et la première ligne supplémentaire en dessous de la portée de sol désignent la même note, à la jonction des deux mains.
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Le choix d'une clé n'est jamais arbitraire : elle est choisie pour que la portée reste proche du milieu du registre de la voix ou de l'instrument, avec le moins de lignes supplémentaires possible. Un violon ou une flûte lisent en clé de sol ; un violoncelle ou un basson, en clé de fa. Certains instruments à la tessiture intermédiaire — l'alto, en particulier — utilisent une troisième clé, la clé d'ut, qui place le do central sur la troisième ligne plutôt que d'obliger à écrire dans un registre trop aigu pour la clé de fa ou trop grave pour la clé de sol.
Le chant choral en offre un bel exemple : dans les chorals de Bach déjà entendus dans ce chapitre, le ténor est noté en clé de sol — pour rester dans une écriture familière au chanteur — mais avec un petit « 8 » qui indique que le son sonne en réalité une octave plus bas que ce qui est écrit. Une même clé, utilisée pour deux voix différentes, ne sonne donc pas forcément à la même hauteur : c'est toujours le contexte — l'instrument ou la voix concernée — qui tranche.
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Le ténor chanté n'est qu'un premier décalage entre ce qui est écrit et ce qui s'entend : certains instruments à vent poussent l'idée plus loin encore. Une clarinette « en si bémol », par exemple, est construite de telle sorte que la note qu'elle joue sonne systématiquement un ton plus bas que ce que son interprète a sous les yeux — quand il lit un do, l'auditeur entend un si bémol. Ce n'est pas une erreur de fabrication : c'est un choix qui permet à toute la famille des clarinettes (en si bémol, en la, en mi bémol…) de se lire avec exactement les mêmes doigtés, quelle que soit la taille réelle de l'instrument. Le cor, la trompette et le saxophone fonctionnent selon le même principe, chacun avec son propre décalage.
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C'est très exactement le sujet du chapitre suivant : une partition pour clarinette « en si bémol » est une partition transposée en permanence, par construction de l'instrument (voir le chapitre sur la transposition).