Théorie musicale

Cadences, modulation et phrasé

La cadence : la ponctuation de la musique

Une phrase musicale a besoin de points de repos, exactement comme une phrase parlée a besoin de virgules et de points. Ces points de repos s'appellent des cadences : un enchaînement de deux accords, à la fin d'une phrase, qui donne l'impression de conclure, de suspendre ou de surprendre. Il en existe quatre grandes familles, et l'oreille les reconnaît en un instant — même sans connaître leur nom — parce que chacune raconte une fin différente.

La cadence parfaite : le point final

C'est la plus conclusive de toutes : l'accord de dominante (bâti sur le cinquième degré) se résout sur l'accord de tonique (le premier degré, celui de « repos »). La note sensible — le septième degré de la gamme — tire l'oreille vers la tonique comme un aimant, ce qui donne à cette cadence son caractère définitif. C'est elle qui referme la grande majorité des morceaux.

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Sol majeur (dominante) résolu sur do majeur (tonique) : la cadence la plus conclusive.
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Le même choral de Bach déjà entendu au chapitre des armures : son tout dernier accord est une cadence parfaite, avec un dièse ajouté à la dernière seconde sur la tierce — une « tierce picarde », qui éclaircit la fin d'un morceau en mineur. — voir l'œuvre entière

La cadence plagale : l'« Amen »

Ici, c'est l'accord de sous-dominante (le quatrième degré) qui se pose directement sur la tonique, sans passer par la dominante. Moins tendue que la cadence parfaite — il n'y a pas de note sensible pour tirer l'oreille — elle a un caractère plus apaisé, presque recueilli : c'est la cadence qu'on entend sur le mot « Amen » à la fin de tant de cantiques et de chorals.

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Fa majeur (sous-dominante) posé sur do majeur (tonique) : la cadence « Amen ».
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Un choral de Bach qui se referme exactement ainsi : l'accord de do glisse vers l'accord final de sol, sans passer par la dominante. — voir l'œuvre entière

La demi-cadence : une virgule, en suspens sur la dominante

Une phrase peut aussi s'arrêter sans conclure — comme une question en suspens, ou une virgule qui appelle une suite. La demi-cadence s'arrête sur l'accord de dominante lui-même, sans jamais atteindre la tonique : l'oreille sent nettement qu'il manque quelque chose, que la phrase va reprendre. On la trouve très souvent au milieu d'une pièce, à la fin d'une première phrase qu'une seconde viendra équilibrer.

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Do majeur (tonique) qui part vers sol majeur (dominante) : la phrase reste en suspens.
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Le tout début du célèbre choral « Aus meines Herzens Grunde » : sa première phrase s'arrête précisément sur la dominante, en demi-cadence — écoutez comme elle appelle une suite. — voir l'œuvre entière

La cadence rompue : la surprise

La dominante prépare l'oreille à entendre la tonique — et, au dernier moment, la basse va ailleurs : le plus souvent sur le sixième degré, qui emprunte à l'accord de tonique sa fonction de repos sans en avoir la stabilité complète. La sensible continue de monter comme prévu, mais l'accord d'arrivée n'est pas celui qu'on attendait. C'est une manière de prolonger une phrase qui semblait sur le point de se conclure.

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Sol majeur (dominante) qui, au lieu de résoudre sur do, part sur la mineur : la surprise de la cadence rompue.
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Un choral de Bach, au milieu d'une phrase : la dominante attendue résout sur le sixième degré au lieu de la tonique, avant que le choral ne poursuive. — voir l'œuvre entière

La modulation : changer de tonalité en cours de route

Un morceau n'est pas obligé de rester dans la même tonalité du début à la fin : moduler, c'est y installer une nouvelle tonique, en général vers un « ton voisin » — une tonalité proche, qui partage la plupart de ses notes avec la tonalité de départ. Le passage se fait souvent par un accord pivot : un accord commun aux deux tonalités, que l'oreille comprend d'abord dans l'ancienne, puis réinterprète dans la nouvelle dès qu'un accident étranger à la première tonalité vient le confirmer.

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De do majeur vers sol majeur : l'accord de sol, d'abord entendu comme dominante de do, devient la tonique de la nouvelle tonalité dès que le fa dièse apparaît.

Les fugues sont un terrain d'observation idéal pour la modulation : leur sujet reparaît sans cesse, mais transposé dans les tons voisins à mesure que la pièce progresse — de quoi entraîner l'oreille à reconnaître un même dessin mélodique dans des couleurs différentes.

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Une fugue du Clavier bien tempéré : le sujet initial repart, tout au long de la pièce, dans plusieurs tons voisins. — voir l'œuvre entière

Le phrasé : savoir où respirer

Une mélodie se découpe en phrases, un peu comme un texte se découpe en propositions : trop souvent, un élève joue toutes les notes avec la même énergie, sans jamais marquer où une idée s'achève et où la suivante commence. Repérer les cadences, c'est justement repérer ces frontières — une demi-cadence annonce qu'il reste une réponse à venir, une cadence parfaite annonce qu'on peut respirer franchement. Une forme très courante associe ainsi deux phrases de longueur égale : la première pose une question (elle s'arrête en demi-cadence), la seconde y répond (elle se referme en cadence parfaite).

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Deux phrases de quatre mesures, bâties sur le même dessin mélodique : la première s'arrête sur la dominante (la question), la seconde se referme sur la tonique (la réponse).

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