Le chêne et le roseau, VWV 1036

Pauline Viardot (1821 - 1910)

2 voix · Chant Voice, Piano

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Paroles

Le chêne, un jour, dit au ro- seau: Vous avez bien sujet d’accuser la nature, Un roitelet pour vous est un pesant fardeau; Le moindre vent qui d'aventure Fait rider la face de l'eau, Vous oblige à baisser la tête Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil, Brave l'effort brave l'effort l'effort de la tempête. Tout vous est aquilon, tout me semble zéphir, Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous n'auriez pas tant à souffrir, Je vous défendrais de l'orage Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent: La nature envers vous me semble bien injuste. ­­Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel mais quittez ce souci Les vents me sont moins qu'à vous redoutables, Je pli eje plie je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici Contre leurs coups épouvantables Résisté sans courber le dos Mais attendons la fin, mais attendons la fin.» Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie Le plus terrible des enfans Que le nord eut portés jusque là dans ses flancs. L'arbre tient bon, le roseau plie Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds, et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.

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